Interview : « The French Barbershopper »

Il y a quelques semaines, nous vous parlions de Jérémy Jacomet, jeune chanteur français, et de son aventure Barbershop le menant jusqu’aux plus prestigieuses compétitions au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Dès son retour en France, nous l’avons retrouvé, et invité à partager avec nous son histoire hors du commun. Retrouvez dès maintenant « The French Barbershopper » , une interview qui vous fera découvrir les coulisses des concours internationaux d’harmonie Barbershop… Comme si vous y étiez !


FRABS : Hello Jérémy, et merci du temps que tu nous consacres pour cet échange un peu spécial ! Pour commencer, et surtout pour te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas, peux-tu nous dire quelques mots sur toi, et sur tes liens avec la musique en général ?

Jérémy : Bonjour, et merci pour votre invitation. Voyons… Je m’appelle Jérémy, j’ai 22 ans. J’habite à Lyon et je travaille à mi-temps aux relations internationales de l’Université de Lyon 2. J’ai toujours plus ou moins chanté, depuis tout petit : j’étais dans la chorale du collège en 6ème et 5ème, puis dans une chorale gospel avec le lycée, en option musique. J’ai découvert le Barbershop en septembre 2013 lors de mon séjour Erasmus à Manchester, et depuis, je ne peux plus m’en passer !

F : Le Barbershop, parlons-en justement ! Comment as-tu fait cette découverte, concrètement ?

J : Un peu par hasard, un final. Je me baladais au milieu des stands pendant la « Fresher’s week » où toutes les associations et clubs étudiants sont présentés au début de l’année, et essaient de recruter un maximum de membres. Je cherchais un chœur pour continuer à chanter et j’ai entendu un quatuor chanter. C’était du Barbershop ! J’ai accroché tout de suite ! Il faut dire qu’il y avait du niveau ; c’était Tagline, le quartet d’étudiants qui a été couronné de la médaille d’or à la convention britannique quelques mois plus tard. J’ai discuté avec des membres de l’association locale, et j’ai décidé de tenter l’aventure !

F : Donc, pour résumer, tu es d’abord rentré dans le « club étudiant » du chœur Barbershop du Campus ?

: Oui, c’est ça ! Le club en question s’appelle MUBS (« Manchester Univeristy Barbershop Singers »), et regroupe plusieurs formations de chanteurs différentes. Le chœur d’hommes s’appelle Mantunian Way. Le club a aussi un chœur féminin.

F : Comment ça s’est passé ?

: Je suis allé aux répétitions tous les vendredi, et on a commencé à apprendre à chanter. On était plein de nouveaux, donc l’ambiance était géniale, très détendue ! On progressait bien, et surtout, on prenait beaucoup de plaisir à chanter ensemble. Un jour, le directeur du chorus nous a annoncé son intention de nous faire participer à la convention britannique. C’était un sacré challenge ! Du coup, il a fallu bosser plus dur pour ne pas y aller pour rien ! On a donné un concert au premier semestre et trois au second, pour se préparer et s’habituer à se produire en public. On nous a envoyé les morceaux à travailler par email pendant les vacances de Noël. L’objectif était d’apprendre les deux chansons tout seul, pour ne faire « que » des ajustements et de la chorégraphie, une fois tous ensemble en répétition. Avec cette méthode, on a avancé plutôt vite, surtout que tout le monde était très motivé ! Avant la convention, on a eu un samedi coaché par Andy Allen, le chef de chœur de Hallmark of Harmony, un des meilleurs ensembles de Grande-Bretagne. Il nous a énormément aidé, et nous a emmenés vers une autre dimension ! On avait même des entrainement spéciaux pour la chorégraphie qu’on devait tous répéter chez soi !

F : Vous étiez fin prêts pour la convention britannique…

J : Oui. On avait le choix de s’y rendre uniquement le jour où l’on chantait (un bus avait été réservé par le club) ou pour la totalité de la convention sur trois jours (c’est l’option que j’ai choisi, pour en profiter un maximum : on avait réservé une petite maison avec des amis !). Il y avait les demi-finales des quartet le vendredi, la finale des chorus le samedi et la finale des quartet le dimanche, sans compter les différents shows qui venaient s’intercaler au milieu de tout ça.

F : Les conventions BABS sont à un excellent niveau, ça devait être sympa d’être aussi spectateur ?

J : Oh que oui ! Mes oreilles se sont régalées !!

On s’est mis directement dans le bain pour le concours chorus. Notre chef avait fixé comme objectif d’être classé dans le top 10, ce qui était très ambitieux pour une première participation, surtout pour un club universitaire comme nous. Il faut savoir que pour les chœurs, il n’y a pas de concours séparé pour les étudiants, comme cela se fait avec les quatuors. Tout le monde est regroupé dans la même compétition.

Quelques chanteurs parmi nous chantaient également avec Hallmark of Harmony le matin, donc on est allé les encourager, leur show était incroyable, je n’en revenais pas ! Puis on est entré dans le « système » : on a pris un bus qui nous a emmenés dans un gymnase à 5 min du centre de la convention, on s’est échauffé en chantant le début des deux chansons, on s’est énormément hydraté, on est revenu à la convention, on s’est changé et quelqu’un nous a emmené jusqu’à la scène… Et là on a pris notre pied !

F : Et alors ! Le résultat ?!

J : Après le show, on portait tous nos t-shirt violets MUBS et les gens nous arrêtaient pour nous féliciter ! C’est là qu’on s’est rendu compte qu’on avait fait quelque chose de vraiment bien. Quand les résultats sont tombés, c’était fou. On était troisièmes (sur une quarantaine de chœurs). Troisièmes ! Pour notre première participation ! Vraiment incroyable.

F : Impressionnant. Et Hallmark of Harmony a fini premier, bien sûr ?

J : Oui ! Du coup, ils étaient qualifiés pour la convention internationale à Pittsburgh. Le lendemain, on a pu apprécier la finale des quatuors, et le « AIC show » (« Association of International Champions »), le show des médaillés d’or internationaux. Il y avait notamment Ringmasters, Vocal Spectrum, OC Times, Stormfront, Crossroads, bref, que les pointures ! Tout simplement génial !

Ce soir là, j’ai même pu chanter dans le bar d’un hôtel avec Vocal Spectrum (champions internationaux 2006) ! C’est là que Andy Allen (le chef de chœur de Hallmark of Harmony) est venu me voir et m’a dit : « si tu veux, tu fais quelques répétitions, et tu viens chanter avec nous à Pittsburgh pour la convention internationale ». Je n’en revenais pas…

: Wow ! C’est un peu le « conte de fées du chanteur Barbershop » cette histoire !

J : Clairement ! Au début, je me suis dit que l’opportunité allait être vraiment difficile à concrétiser, car je rentrais en France après mon semestre. Mais dès mon retour, je l’ai recontacté pour lui dire que j’étais d’accord et que j’allais me débrouiller. Je ne pouvais pas manquer ça ! Je faisais donc officiellement partie du Projet « Horizon » de Hallmark of Harmony (la convention internationale !).

F : Donc… Tu partais pour Pittsburgh dans un chorus avec lequel tu n’avais jamais chanté ?!

J : Presque [rires] ! Au total, je n’ai fait que trois répétitions avec eux. Un jour en février, un jour en mars, et un weekend en avril.

F : Tu allais en Angleterre à chaque fois pour répéter avec eux ?

J : Oui ! Ça les a beaucoup impressionné, d’ailleurs, de voir que j’étais aussi motivé ! Ils m’ont envoyé les partitions par courrier en octobre et je devais les apprendre. Au début, ce n’était vraiment pas facile. Et finalement on s’en est plutôt bien tirés. Et on s’est retrouvé à Pittsburgh !

F : Tu es parti de ton côté ou tu as voyagé avec l’ensemble ?

J : Ils m’ont laissé le choix, et j’ai préféré partir de Lyon plutôt que d’aller à Manchester prendre l’avion avec eux. C’était plus simple. Quand c’est comme ça, il faut savoir que chacun doit payer son billet d’avion, ce qui n’est pas toujours simple pour tout le monde financièrement. Certains ont fait des « fundraising » pour rassembler la somme. Ca se fait beaucoup en Angleterre. Hallmark avait même proposé un système de bourse ou de prêt pour aider les chanteurs. Malgré tout, certains n’ont pas pu être du voyage. Pour ma part, je suis parti de mon côté, mais je suis arrivé à peu près au même moment à Pittsburgh, donc j’ai pu retrouver les autres rapidement. C’était la première fois que je mettais les pieds aux Etats-Unis ! Il y avait un bus qui nous attendait pour nous emmener à l’hôtel, réservé pour l’occasion et les 8 nuits sur place (il y avait même une piscine !).

F : Bon, alors, racontes-nous cette semaine sur place en détail. Quel a été le programme pour toi ?

J : Je vais essayer de ne rien oublier !

– Dimanche, répétition toute la journée avec Hallmark of Harmony.

– Lundi, matinée libre. L’après-midi, encore une répétition, avec un coach Canadien, Jordan Travis. Le soir, on avait une soirée organisée par le club dans un restaurant allemand, avec notamment une mini-compétition de quartet interne, jugée par notre quatuor international (The Emerald Guard). On avait créé un quartet pour l’occasion avec des amis de l’Université de Manchester, et on a gagné en chantant « I won’t Send Roses » (chantée par Instant Classic, notamment) ! Double honneur pour moi : j’ai ensuite été nommé dans le « fantasy quartet » par nos juges ! La semaine commençait bien !

– Mardi, place à la Convention, la VRAIE compétition ! Le matin, on est allé chercher nos badges, et on a participé à une session de « woodshedding ». C’était ma première. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le terme, le principe est simple : deux ou trois personnes chantent une mélodie (la première était « You are my Sunshine », je crois) et les autres improvisent les 3 autres parties, dans le style Barbershop. Très sympa ! Après, on s’est précipité au Heinz Hall (Pittsburgh, la ville du Ketchup !) pour le « Collegiate Quartet Contest ». Le niveau était complètement incroyable ! Pour ma part, je pense que ‘Shoptimus Prime aurait mérité la victoire même si Trocadéro (les vainqueurs), c’était costaud aussi. La surprise, c’était qu’un seul quartet parmi les 5 médaillés était américain, contre un suédois, un australien et deux canadiens !

– Mercredi, quarts de finale de la compétition de Quatuors, dans la patinoire de hockey des Penguins de Pittsburgh (cet endroit est immense !). Impossible de tout regarder sinon tu risques l’overdose et tu n’apprécies plus les performances ! Il a donc fallu choisir les groupes qu’on allait regarder. Moi, je voulais surtout ne pas manquer les hymnes, et surtout les « Mic Tester » (les ouvreurs) : Vocal Spectrum !

Tout simplement fantastique… Dans la foulée, il y avait Trocadero, Artistic Licence, et Main Street… Comment mieux commencer la journée !? En fin de première session, il y avait Lemon Squeezie et Instant Classic, qui ont commencé par « I Won’t Send Roses » (on s’est jeté un coup d’œil avec les autres : ils l’ont fait mieux que nous, bien sûr [rires] !). La deuxième session commençait à 16h30 par Forefront, après qu’Acoustix ait testé le micro. Nous, on attendait le passage des 47èmes (sur 53 quartets) : nos gars de The Emerald Guard ! Ils ont fait un beau set, le meilleur que j’ai entendu de leur part. Mais ça n’a pas suffit pour aller en demi. La compétition était vraiment très relevée. La seule maigre consolation c’était la 21ème place de Reckless, l’autre représentant BABS. Du coup, ils se sont retrouvés « Mic Tester » des demi-finales (qui regroupent les 20 meilleurs quartets) du lendemain.

– Jeudi, je suis allé voir les hymnes, les « Mic Tester » et les 6 premiers quartets, dont l’incroyable set de A Mighty Wind, qui m’a vraiment beaucoup plu. Ensuite, il a fallu manger et retourner à l’hôtel pour se changer et se préparer pour le « World Harmony Jamboree », un petit concert pour lever des fonds organisé par le « World Harmony Council ». Concrètement, ça s’est passé très vite : on a chauffé à l’hôtel, on est allé sur scène, on a chanté deux chansons, il y a eu un petit discours, et on est ressortis. Ensuite, il y avait l’ « AIC show » avec tous les précédents médaillés d’or. J’avais prévu le coup et j’avais pris de quoi me changer dans mon sac pour ne pas avoir à retourner à l’hôtel. Le show des champions, c’était juste incroyable, du caviar pour les oreilles !!! On est allé se coucher heureux.

– Vendredi, le jour J pour nous. On est allé voir le début de la compétition des chorus, et notamment Ambassadors of Harmony et Westminster Chorus, les deux principaux prétendants au titre depuis des années. Très impressionnant, tant par leur nombre que par la qualité musicale et le spectacle. Les Ambassadors ont donné des bracelets qui se sont illuminés dans la dernière partie de leur chant ! Ils voulaient vraiment gagner ! Mais ils ne pouvaient pas lutter, cette année. Westminster, c’était vraiment formidable.

De notre côté, retour à l’hôtel pour se changer et chauffer. Il y avait un gars de la Barbershop Harmony Society avec nous, pour nous dire quand monter dans le bus. Une fois dedans, le stress a commencé à monter… On a fait quelques mètres, puis on s’est arrêté pendant plusieurs minutes… C’était insoutenable. La pression est montée encore d’un cran. Et puis, finalement, on est parti. Et là, tout est allé très très vite. On est arrivé sur place, entré par l’arrière, l’entrée des artistes. Et puis en moins de cinq minutes, on était sur scène pour faire nos deux chansons…

Je n’ai pas beaucoup de souvenir sur scène au final, avec le stress et la concentration. En à peine quelques secondes, on était déjà dehors, de retour dans la zone d’interview ! C’est passé très vite ! En ce qui concerne notre prestation, j’étais un peu déçu à chaud, je pensais qu’on aurait pu faire un peu mieux. Ça ne sonnait pas pareil dans la salle de l’hôtel et dans la patinoire. Après coup, je trouve qu’on s’en est bien sorti, quand je réécoute la vidéo. Mais on n’a pas eu une très bonne note en chant je crois…

Bref ! On est allé boire un coup dans un bar pour faire retomber la tension. On a bien bu et bien chanté ! Puis on a filé voir les derniers chœurs qui passaient, il n’en restait que deux. Enfin, on a attendu l’annonce des résultats. C’était plutôt rapide : dix minutes après le passage du dernier chorus, à peine. La tradition, c’est d’annoncer d’abord les 5 premiers dans l’ordre inverse, en finissant par le vainqueur. On n’était pas dans les 5 premiers. Normal ! Mais quand on a récupéré la feuille de score… C’était vraiment génial : on était 19èmes DU MONDE !!! A notre retour, il y avait du champagne qui nous attendait à l’hôtel, et on avait réservé un restaurant pour faire la fête toute la nuit ! C’était une sacrée soirée !

– Samedi, c’était le jour des finales quatuor. Comme ça ne démarrait que le soir, on a pu profiter de la ville un peu, et se balader en vélo en faisant un grand tour le long du fleuve ! L’après-midi, il y avait un show très américain avec les jeunes aidés par la « Harmony Fundation », des chanteurs lycéens a capela. Et puis, bien sûr, la soirée a démarré et, avec elle, les finales ! Rien que les hymnes nationaux ont annoncé la couleur : ils ont mis un directeur sur scène qui dirigeait tout le public, c’était fort !

Et après… Vraiment incroyable ! Ils étaient tous aussi bons les uns que les autres, et ils donnaient tout ce qu’ils avaient ! Main Street a fait un Medley Pop complètement fou, Lemon Squeezy a fait un set fantastique aussi. Mais les meilleurs sur les 3 jours c’était vraiment Instant Classic !

En fin de soirée, dîner, puis retour au centre de la convention pour chanter des tags, bien sûr ! J’y suis resté jusque 2 ou 3h du matin, et encore, parce que je devais prendre le bus à 9h le Dimanche matin, pour rentrer en France, épuisé, mais ravi !

F : Si tu devais choisir ton moment préféré sur cette semaine, au final, ce serait quoi ?

J : C’est dur ça ! [rires] Je dirais… Mmm… Le set de A Mighty Wind, pour les demi-finales ! Il m’a vraiment bluffé !

F : Il va falloir qu’on se procure la vidéo alors ! Dernière question… Et maintenant ? Quel est le programme pour toi ? Pas trop dur le retour en France ?

J : Un peu vide, bien sûr, après une semaine comme celle-là ! Nettement moins de Barbershop par ici ! Mais je vais peut-être travailler vers Sheffield en septembre, du coup, ça devrait repartir ! J’ai même un ami qui veut qu’on monte un quartet pour les « Prelims » en octobre, et qu’on essaye de se qualifier pour les « Collegiate ». Mais ça risque d’être dur !

F : On suivra ça avec beaucoup d’intérêt du côté de FRABS en tous cas, crois-moi ! Merci infiniment de t’être prêté au jeu de cette interview, Jérémy. Au plaisir de te croiser prochainement autour d’un verre, et de quelques tags !

J : Un plaisir ! Merci à toi de m’avoir écouté jusqu’au bout, surtout !

F : Et pour vous autres, qui nous lisez, à très bientôt pour de nouveaux récits Barbershop à ne pas manquer sur frabs.fr !

Propos recueillis par P.V. Soleau, pour FRABS.

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