Caractéristiques

Quelle différence avec le chant choral traditionnel ?

Les bases sont bien entendu les mêmes. La posture, les respirations, le ton, … Toutes ces notions se retrouvent dans le style Barbershop comme dans les autres genres vocaux. Les différences musicales sont principalement liées aux éléments de style propre et peuvent se résumer (sans pour autant qu’ils constituent une liste exhaustive !) aux éléments caractéristiques suivants :

La prononciation. Même pour les francophones, il est assez facile de noter de petits changements de la langue anglaise sur cet aspect. Bien souvent en Barbershop, les voyelles tendent à être davantage mises en avant que dans la musique classique, tandis que les consonnes sont prononcées de manière plus légère et moins formelle, presque familière. L’objectif est simple : que le résultat global soit lisse et « mixe » proprement les voix et paroles des différentes voix. Par exemple, « little » sera régulièrement entendu comme plus proche de « liddle ». Les consonnes de fin de mot, elles, pourront parfois être atténuées, voire presque muettes dans certains cas. Ainsi, il vous arrivera d’entendre des mots comme « and » prononcés « an » pour faire une liaison plus douce avec la syllabe suivante. Ce genre d’ajustements de prononciation se retrouve ailleurs, comme dans les chansons de Spiritual, de Gospel, de Jazz ou encore de Folk.

La rythmique. Le rythme des arrangements, et particulièrement celui des ballades, a tendance à être interprété de manière très libre en Barbershop. Le style utilise à l’excès le « Rubato » (indication de tempo « dérobé », laissant libre court à l’interprétation), utilisé par les chanteurs toujours dans l’objectif de mettre en avant, de « sublimer » les accords importants ou particulièrement intéressants, ou pour faire écho à l’émotion des paroles prononcées. Chaque ensemble vocal a d’ailleurs toujours à cœur, en harmonie Barbershop, de donner une touche personnelle et  authentique à leur interprétation d’un morceau, en jouant notamment sur ces variations de tempo. De manière plus générale, le but est souvent de donner l’impression que le morceau est chanté « sur le ton de la conversation ».

Les accords. Probablement l’un des aspect les plus caractéristiques du genre, ou du moins le plus facilement perceptible à la première écoute, même pour un non musicien. En revanche, l’explication technique pourra leur apparaître plus complexe. En effet, l’harmonie Barbershop « sonne » d’une manière très particulière car elle recourt très fréquemment aux accords de 7ème (d’ailleurs souvent appelés « 7èmes Barbershop »). D’un point de vue musical, ces accords de 7ème « déstabilisent » l’harmonie par la création d’une légère dissonance. Ce « frottement » donne une alors une « direction » à l’accord, c’est à dire le sentiment qu’il tend vers une résolution proche. Les accords de 7ème sont ainsi souvent utilisés en Barbershop pour créer de nettes progressions harmoniques basées sur le cercle des quintes, dans le cas par exemple d’accords majeurs 7. On retrouve également fréquemment l’usage d’accords mineurs 7 ou de 7ème diminués, ou même de 9èmes (qui remplacent alors la quinte). Par opposition, l’usage de 7èmes majeures, d’accords augmentés, de secondes, ou d’autres accords couramment utilisés dans le Jazz sont plus rares. La plupart des morceaux Barbershop sont en effet majeurs, et même dans le cas de morceaux mineurs (généralement plus tristes), on retrouve l’usage de tierces majeures « accidentelles » (dites tierces « picardes ») pour conclure sur un éclairage inattendu et « parfait » (d’un point de vue de l’accord), typique du style.

La mélodie. Les règles traditionnelles de l’harmonie baroque et de voix dominante ne s’appliquent pas en Barbershop. Ainsi, en chant classique, la mélodie est réservée aux voix aiguës (Ténor par exemple) tandis que l’accompagnement est produit par les voix plus graves. En harmonie Barbershop, les choses sont différentes. Premièrement, chaque note dans la mélodie est généralement harmonisée par un accord consonant en quatre parties, presque toujours en position fondamentale ou 2ème inversion. Cela donne, pour qui écoute l’ensemble, l’impression que « tout le monde chante » la ligne mélodique. Ensuite, le croisement des voix est une pratique commune (en particulier entre le lead et le baryton, ou entre le lead et le ténor), si bien que la ligne mélodique n’est (sauf à de rares exceptions) jamais portée par une seule voix. Enfin, la mélodie pourra parfois prendre des aspects « inattendus » à l’oreille, surtout pour les auditeurs peu familiers du genre. On pourra alors trouver des quartes et des quintes en parallèle, ou encore s’étonner de la résolution improbable de certains accords dominants ou de 7ème. Chanter dans un ensemble Barbershop (en particulier la partie baryton !) est l’un des meilleur exercices d’oreille musicale possible !

La gestuelle. Qui n’a jamais froncé le sourcil à la vue de la gestuelle ou des costumes de Barbershop ? Pourtant, les plus grands le disent : les grimaces, les sourires, les mimiques, les expressions exagérées, … C’est (aussi) tout cela qui donne la touche unique du genre ! Chanter du Barbershop est un art, mais également la perpétuation d’une longue tradition, et il convient donc de le faire dans les règles ! Canotiers en paille, costumes rayés colorés, fleurs à la boutonnière, robes excentriques, gestes synchronisés ou larges sourires mielleux, rien n’est surjoué tant que l’objectif est atteint : démontrer avec style que l’on respecte les codes et que l’on s’amuse, tout en s’affichant comme un ensemble beau à regarder chanter. La preuve : les notes en compétition attachent une importance marquée pour cette composante indispensable !

Sweet Adelines
Crédits : Sweet Adelines